GENERAL MOTORS : le grand n’importe quoi

General Motors : Le Grand N’importe Quoi

GENERAL MOTORS : le grand n’importe quoi

Une boutade court à Detroit. GM va équiper sa direction générale d’ascenseurs ultrarapides. Motif : les CEO n’ont pas le temps d’arriver au dernier étage du Renaissance Centre avant d’avoir démissionné ou d’avoir été virés.

De fait, il faut du courage – ou de l’inconscience-  pour se risquer à la direction du géant américain malade, qui fut, voici quelques années à peine, l’orgueilleux Numéro Un de l’industrie automobile mondiale. Depuis sa chute voici un an, GM en a consommé 3 comme des Kleenex : Rick Wagoner, Fritz Henderson, Ed Whitacre. Mieux : le dernier a pris les rênes à la demande expresse de la task force gouvernementale chargée par le Président Obama de restructurer GM en indiquant que sa position « n’était qu’à court terme » et que GM « cherchait un CEO inspiré. » Inspiré et… désintéressé. Outre l’ampleur monumentale de la tâche, les restrictions de salaire et bonus imposés par le gouvernement fédéral font que les candidats ne se bousculent pas au portillon, pour une mission que l’on qualifierait d’impossible comme le feuilleton.

Bilan très mitigé

Ed Whitacre a eu beau annoncer fièrement en tant que président (chairman), que GM était sortie de la loi sur la protection contre les faillites (Chapitre 11) en juillet dernier et avait commencé en décembre à rembourser par anticipation un prêt de 6,7 milliards de dollars au Trésor américain (mais il restera 43,3 milliards d’aides à rembourser par la suite) et retrouverait cette année le chemin des bénéfices, après six ans de déficit, le bilan reste très mitigé pour le moins. « Nous fabriquons de bonnes voitures, mais nous devons en vendre davantage, » a déclaré Whitacre. C’est à se tordre de rire quand on regarde la gamme actuelle de l’ex-No.1 mondial. Il a vu ses parts de marché chuter de 44% en 1980 à moins de 20% l’an dernier. On se demande quelles leçons les têtes pensantes du Renaissance Centre ont retenues de la crise de l’an dernier, du choc pétrolier, des problèmes écologiques à long terme, de l’évolution des goûts du consommateur américain et du problème de la qualité de leurs produits face aux modèles japonais et allemands.

Qu’a fait le « Nouveau General Motors », selon l’expression du Président Obama saluant la refondation du géant malade,  pour repartir du bon pied ? Pas grand-chose. GM a décidé de se recentrer sur quatre marques du groupe : Chevrolet, GMC, Buick et Cadillac, vendant ou abandonnant les autres. Pontiac a été abandonnée, mais cette marque autrefois emblématique de l’automobile américaine ne représentait plus grand-chose dans la galaxie GM. Saturn devait être vendue à l’entrepreneur et distributeur Roger Penske, mais les négociations ont capoté en septembre après que Detroit ait refusé de lui fournir des voitures pendant une période de transition. Restait Hummer, symbole du 4×4 tout en muscles, que GM essayait de vendre depuis 2008 déjà. Le seul amateur resté en lice est un obscur constructeur de poids lourds chinois, Sichuan Tengzhong, qui en offre une somme dérisoire (quelques centaines de millions de dollars) mais les négociations traînent en longueur.

Volonté réelle ?

Reste le cas des filiales européennes du groupe, Opel/Vauxhall et Saab. Le feuilleton Opel a occupé tout l’été l’écran de l’automobile sur fond de protestations syndicales et gouvernementales. Menaçant constamment de jeter l’éponge, GM a écarté tour à tour les repreneurs qui se présentaient et réussi ainsi à sucer au gouvernement allemand une aide de 1,5 milliard d’euros pour maintenir Opel à flot en attendant une vente hypothétique. Finalement, GM a décidé de conserver Opel/Vauxhall en les restructurant, ce qui va se solder par des pertes d’emplois beaucoup plus importantes que celles que proposaient les repreneurs, sans garanties réelles pour l’avenir. Quant à Saab, nous sommes encore en plein feuilleton (voir nos articles). Officiellement en liquidation judiciaire, à moins que… mais on n’y croit guère. En définitive, on peut sérieusement s’interroger sur la sincérité de la stratégie de GM. Le groupe veut-il vraiment redynamiser sa filiale germano-anglaise et vendre la Suédoise déficitaire en lui donnant une chance de vivre avec un concurrent ou continuer à la vider de sa substance comme il l’a fait depuis longtemps avec Opel pour laisser une coquille vide ? A cet égard, on notera qu’Opel ne serait pas en déficit si la maison-mère n’avait sans cesse pompé ses bénéfices, sans investir dans de nouvelles gammes innovantes. Que Saab serait viable si GM avait investi depuis son achat en 1989, au lieu d’accaparer les technologies suédoises et de laisser son image se diluer dans des produits banals, clones d’Opel pour la plupart.

Les dirigeants précédents de GM avaient été montrés du doigt pour leur absence de vision, leur inertie confite dans les habitudes des grosses américaines, leur incompétence et leur mépris de l’entreprise. Le représentant du Trésor américain nommé comme administrateur provisoire a déclaré avec effarement qu’il « n’avait jamais vu une compagnie aussi chaotique et aussi mal dirigée. » On est en droit de se demander si les nouveaux ont compris quelque chose à l’évolution de l’automobile et de l’Amérique. Rien n’est moins sûr.

Alain R. Walon